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Justice : Rémy Heitz en remplacement de François Molins

Le ministère de la Justice a dévoilé ce mercredi la proposition du gouvernement pour remplacer François Molins au poste de procureur de Paris.

Après sept ans en poste, le procureur de la République de Paris François Molins va quitter ses fonctions le 23 novembre au plus tard, pour devenir procureur général auprès de la Cour de cassation. Le ministère de la Justice a dévoilé ce mercredi le candidat du gouvernement pour le remplacer.

Le nom de Rémy Heitz, 54 ans, a été proposé par Nicole Belloubet au Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Il a exercé à Metz et Colmar

Rémi Heitz est l’actuel directeur des affaires criminelles et des grâces. Il a notamment occupé le poste de procureur de la République à Metz, et a présidé la cour d’appel de Colmar, où a notamment été expérimenté un programme de prévention de la radicalisation violente.

Connu pour avoir été le délégué interministériel à la sécurité routière de 2003 à 2006, son parcours atypique l’a mené à la fois dans les ministères et dans les différents arcanes de la magistrature. Vice-procureur de Paris pendant six mois en 2001, il a également présidé le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le deuxième plus grand de France, entre 2011 à 2015.

Ce choix n’est cependant pas définitif : le CSM peut rendre un avis négatif sur la proposition du gouvernement, que ce dernier s’est engagé à respecter en cas de désaccord. Rémy Heitz devrait ensuite être officiellement nommé sur décret présidentiel.

Une succession polémique

Les magistrats candidats à la succession de François Molins à la tête du parquet de Paris avaient jusqu’à lundi minuit pour envoyer leur candidature à ce poste très exposé et au centre d’une polémique, l’Elysée étant accusée d’intervention dans le processus de nomination.

Le ministère de la Justice avait lancé le 24 septembre un nouvel appel à candidature, alors que trois candidats à la succession de M. Molins avaient été reçus en juillet par la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Marc Cimamonti, procureur de Lyon, était, de sources concordantes, le candidat favori de la ministre. Mais selon Le Canard enchaîné et Le Monde, le président de la République Emmanuel Macron est lui-même intervenu pour s’opposer à ces trois candidatures retenues par la garde des Sceaux.

Vendredi, en marge du congrès de ce syndicat à Pau, la ministre avait rejeté toute intervention du président, un mot « pas opportun » selon elle.

Le Premier ministre Edouard Philippe – qui a reçu cet été, selon une source gouvernementale, deux prétendants au poste finalement recalés – a dit mardi qu’il « (assumait) parfaitement » son intervention, de façon à « être certain que celui qui sera proposé (…) sera parfaitement en ligne ». Le chef du gouvernement a déclaré vouloir lui-même être « parfaitement à l’aise avec ce procureur ».

QUI EST RÉMI HEITZ ?

Au cours d’une carrière débutée en 1989, Rémy Heitz est passé par le parquet et le siège mais aussi par des fonctions politiques.
Il démarre à Pontoise comme substitut du procureur. Cinq ans plus tard, il s’éloigne pour la première fois de la magistrature pour devenir le chef de cabinet de Pascal Clément, alors ministre délégué aux relations avec l’Assemblée nationale, dans le gouvernement d’Edouard Balladur.

En 1999, il est nommé procureur de la République du tribunal de grande instance (TGI) de Saint-Malo, où il doit gérer sa première grande affaire médiatique: l’affaire Godard, du nom du médecin Yves Godard soupçonné d’avoir tué sa femme et leurs deux enfants avec lesquels il avait disparu en mer à bord de son voilier.

Rémy Heitz fait un passage éclair au parquet de Paris en 2001 en tant que vice-procureur: six mois après son arrivée, Jean-Pierre Raffarin, alors à Matignon, l’appelle pour devenir son conseiller technique chargé de la justice.

Mais là encore, Rémy Heitz, étiqueté à droite, est débauché pour devenir délégué interministériel à la sécurité routière, un poste exposé car ce sujet avait été érigé en chantier prioritaire par le président Jacques Chirac.

S’il est d’abord apparu timide devant les caméras, Rémy Heitz a rapidement été reconnu dans sa fonction, n’hésitant pas à enfiler le gilet jaune de sécurité en bord de route. Il a œuvré notamment à la mise en place des radars automatiques.

Sous son mandat, entre 2003 et 2006, la mortalité routière est passée de plus de 7 000 morts par an, à moins de 5 000. A son départ, Jacques Chirac lui a rendu hommage pour « avoir assumé remarquablement sa fonction ».

« Sérieux et ambitieux »

Encore aujourd’hui, Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière depuis 2002, ne tarit pas d’éloges à son égard: il brille par « sa sincérité, sa rigueur et son honnêteté », a-t-elle dit.

Après la sécurité routière, il rejoint le ministère de la Justice en tant que directeur de l’administration générale et de l’équipement, puis retourne en juridiction en 2008, en tant que procureur de la République à Metz. Fin 2010, il quitte le parquet pour prendre la présidence du deuxième TGI de France, le tribunal de Bobigny, où il a laissé un bon souvenir chez ses collègues magistrats malgré des débuts difficiles.

Avant d’être nommé à la DACG, il était Premier président de la cour d’appel de Colmar.

Dans la magistrature, il a l’image d’un homme « extrêmement courtois », « à l’écoute de ses collègues », « sérieux » et « ambitieux ».

Veuf et père de 3 enfants, ce natif de Nancy a un frère cadet qui est également magistrat, Nicolas Heitz, procureur au TGI d’Epinal.

 

Avec AFP